Au temps des guerres coloniales, un détachement anglais se trouvait un jour, sans le savoir, encerclé par un millier d’Afghans sur la frontière entre l’Inde et l’Afghanistan. Ils venaient d’établir leur campement après une longue marche en montagne, lorsque soudain, un Européen surgit et demanda à voir le commandant, le capitaine Richardson. C’était Pétrie, un missionnaire, qui travaillait depuis longtemps dans une des tribus de la région et qui était connu et aimé de tous.

“Vous êtes encerclés, dit-il, vous ne pourrez rien faire… écoutez-moi !”

Puis il essaya de convaincre le capitaine anglais de tout faire pour éviter une nouvelle effusion de sang.

Mais celui-ci refusait de l’écouter. “Nous ferons front, dit-il, et nous nous battrons jusqu’au dernier homme, s’il le faut,” et il donna immédiatement des ordres pour renforcer la défense au maximum.

“Je vous aurai averti, dit seulement le missionnaire, mais permettez-moi de rester avec vous, vous aurez certainement besoin de moi.”

Tout à coup, les Afghans déferlèrent de tous côtés. Une première attaque fut repoussée par les Anglais, une deuxième aussi, bien que très difficilement, mais le capitaine, blessé à l’épaule, savait que l’issue serait fatale.

Alors, à nouveau, Pétrie se présenta devant lui :

“Savez-vous qui dirige les Afghans, demanda-t-il ? C’est Abdullah Khan.”

– Abdullah Khan, répéta le capitaine, songeur. Alors tout est perdu. Il m’en veut à mort.

– Capitaine, lui dit le missionnaire : ne voulez-vous pas aujourd’hui réparer un vieil affront que vous avez fait subir à Abdullah Khan ?”

Injustement condamné

A ces paroles, Richardson se mit à réfléchir… Il se rappela ce vol de chevaux dans leur camp… Abdullah Khan avait été accusé et condamné. C’était lui-même qui avait prononcé la sentence qui le condamnait à plusieurs années de prison.

Or, plus tard on avait prouvé qu’Abdullah était innocent et retrouvé le vrai coupable. Les Anglais n’avaient cependant rien fait pour réhabiliter celui qui avait été injustement condamné, et depuis lors, Abdullah cherchait à se venger en harcelant sans cesse les Anglais dans des guérillas meurtrières.

Le missionnaire insista en faisant comprendre au capitaine qu’il devait demander pardon et réparer ses torts, s’il voulait sauver sa vie et celle de ses soldats. Il proposa d’aller lui-même, à ses risques et périls, chercher le chef afghan pour le conduire auprès de l’officier blessé. Bien que réticent, Richardson le laissa partir.

Un quart d’heure plus tard, Pétrie se trouvait devant Abdullah Khan. L’ayant reconnu, les guerriers afghans l’avaient tout de suite conduit vers leur chef, qui lui fit un accueil chaleureux:

“Sois toujours le bienvenu dans le camp d’Abdullah Khan, lui dit-il. 

— Je te remercie, Abdullah, mais j’ai pour toi un message très important”.

Il rappela d’abord au chef guerrier comment il avait soigné son fils, son enfant unique, quand il était très malade. A cette occasion, Abdullah avait promis que par reconnaissance il ferait toujours tout ce qu’il pourrait pour le missionnaire.

Puis, il lui rappela un autre souvenir: lorsque l’Afghan était sorti de prison, Pétrie lui avait donné à manger et à boire et il lui avait affirmé qu’il croyait en son innocence.

“Abdullah, dit-il, lorsque tu m’as raconté l’injustice qui t’avait été faite, je t’ai dit qu’un jour tu serais réhabilité, qu’un jour tu entendrais cet homme même qui t’avait condamné et humilié, te dire qu’il avait mal agi envers toi… Maintenant, cet homme, le capitaine Richardson, se trouve, blessé, dans le camp des Anglais et il est prêt à te demander pardon, si tu veux m’accompagner chez lui.”

Vengeance ou réconciliation ?

Dans le cœur d’Abdullah se livrait un terrible combat. D’un côté, le désir de vengeance le poussait à écraser tout le détachement anglais, à tuer tous les soldats, et surtout le capitaine qui l’avait humilié, de l’autre côté, il y avait là une occasion qu’il ne retrouverait jamais d’être réhabilité aux yeux de tous.

Lorsqu’il sembla pencher en faveur de la vengeance, le missionnaire lui rappela encore une fois sa promesse et ce fut décisif. “Personne ne dira qu’Abdullah a renié sa promesse. Conduis-moi où tu voudras,” dit-il.

Quelle ne fut pas la stupeur des Anglais de voir le chef afghan venir dans leur camp, accompagné du missionnaire, et pénétrer dans la tente du capitaine Richardson.

L’officier anglais lui tendit aussitôt la main et sans biaiser, lui avoua qu’il lui avait fait beaucoup de mal et qu’il lui demandait pardon.

Ces paroles suffirent pour que deux hommes ennemis soient réconciliés et que cessent d’incessants combats meurtriers.

“Je suis à nouveau l’ami des Anglais, tout comme avant. Aujourd’hui, il y aura la paix” dit Abdullah Khan, en serrant la main du capitaine Richardson.


Au détour d’une rue, dans un village du Pakistan…