Ce matin-là, l’enseignante était préoccupée… Elle soupira et dit tout bas pour elle-même : «Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ?»

Elle avait devant elle une cinquantaine d’élèves de deux à cinq ans dont il fallait s’occuper… car un collègue absent n’avait pas été remplacé !

C’est alors qu’une petite voix joyeuse se fit entendre :

«Mais, madame, t’as que faire gym, c’est facile, ça !»

Nathan, au premier rang, avait perçu la réflexion de l’institutrice, et voulait lui venir en aide, les yeux pétillants, un large sourire éclairant son visage, comme toujours.

Car ce petit garçon de quatre ans, toujours joyeux, était connu à l’école maternelle pour sa gentillesse, ses remarques positives et encourageantes…

Après un instant de réflexion, la maîtresse lui répondit avec le même entrain: «Bonne idée, Nathan», et ainsi ce fut.

Ce petit bonhomme accomplissait chaque jour, sans le savoir, sa B.A….

Peut-être que vous ne vous souvenez plus de la signification, et du sens de ce petit sigle: la B.A. !

«As-tu fait ta B.A. ?»

Cette question, aujourd’hui, étonnerait beaucoup…

Pour plusieurs cependant elle fera surgir des souvenirs qui les feront sourire, parfois avec émotion…

D’autres s’en moqueront, ou même fustigeront cet anachronisme, survivance d’une “pédagogie” dépassée et à leurs yeux “aberrante”…

La B.A. !

La “bonne action” ; l’acte de bonté, d’entraide…

C’est dans le scoutisme, que pendant des décennies, de nombreux enfants et jeunes ont appris à pratiquer “la B.A.”

Penser à aider quelqu’un, au moins une fois par jour, et tous les jours!

Dans les premiers temps, l’enfant s’évertuait à chercher ce qu’il pourrait faire, comme un “devoir” à réaliser.

Et ceux qui n’ont jamais voulu comprendre le sens profond de cette ligne de conduite n’ont pas manqué de s’en gausser; ainsi cette anecdote :

«la vieille dame qui hésite, semble-t-il à traverser la route, encombrée de son sac de provisions…

et le jeune qui, lui saisissant le bras, se chargeant du lourd cabas, la guide de l’autre côté… et s’entend dire : “Merci, mon petit, mais je n’avais pas l’intention de traverser !”»

Évidemment, comme le fit l’ours de la fable, il pouvait arriver que, malgré les meilleures intentions, tel très jeune garçon ou fille agisse sans avoir suffisamment réfléchi… et même que son initiative ait été parfois quelque peu intempestive, voire saugrenue…

Certes, mais l’essentiel est ailleurs :

à un âge où beaucoup ne pensent pas aux autres (hélas! à d’autres âges également !), amener de manière concrète, enfant et adolescent à réfléchir, 

à considérer que l’autre a le droit d’exister,

a ses problèmes,

ses handicaps, ses joies, ses peines…,

que tout comme lui il a besoin d’être écouté, aidé…,

extraire l’enfant, l’adolescent, de l’égoïsme naturel au cœur de l’homme,

pour lui ouvrir les yeux sur ceux qui l’entourent,

et lui proposer une autre manière de regarder,

lui faire découvrir que tout ne “tourne pas autour de lui”,  que “tout ne lui est pas dû”… et que, comme tout être humain, il a des droits mais aussi des responsabilités et des devoirs,

n’est-ce pas le fondement de toute l’éducation ?

Notre civilisation décadente, exalte l’égocentrisme sous toutes ses formes, la jouissance comme le but de l’existence et comme une revendication, une exigence.

C’est ainsi que se développe l’indifférence quant au sort des autres…

Les slogans et publicités pour “les grandes causes” masquent mal l’absence, dans le quotidien banal, de la générosité, du don de soi. 

Il est plus facile de s’enflammer momentanément pour des actions lointaines – à ne pas oublier, certes – que d’agir soi-même, dans la pratique journalière au sein de la famille, du voisinage…

La volonté de secourir, de payer de sa personne et de ses deniers, se manifeste auprès comme au loin, et ces actes d’altruisme sont complémentaires. Ils ont pour origine l’élan du cœur…

C’est pourquoi, alors que grandissent, de manière inquiétante, les actes dits “d’incivilité”, les agressions, les vols, les destructions…,

alors que le respect du prochain disparaît peu à peu, derrière l’hostilité…,

en ces jours sombres où le vieillard, le handicapé, l’étranger, l’enfant et tous ceux qui, il n’y a pas si longtemps encore, étaient considérés par tous comme devant être protégés, sont de plus en plus l’objet de mépris, voire de rejet, 

ne serait-il pas vraiment temps de réexaminer les bases et objectifs de l’éducation ?

Les enfants et les jeunes (les autres aussi!) sont soumis continuellement aux influences d’une contre-culture (TV, films, internet, pubs…) qui incite à la violence, à la déification du “moi”, à la jouissance sans limites…, et ce sans égard pour quiconque…

Face à cette montée inquiétante de “la loi de la jungle”…,

parents, enseignants, éducateurs en divers domaines, 

et responsables publics, 

ne devraient-ils pas réapprendre aux jeunes – et aux moins jeunes – à respecter l’autre, à le considérer comme un frère, une sœur en humanité,

et non comme un objet à utiliser, une proie à assujettir, ou un ennemi à éliminer.

Il n’y a pas que dans “les banlieues” et les quartiers dits “sensibles” que la situation est devenue préoccupante.

La B.A. était en apparence peu de chose !

Mais jour après jour, elle apprenait par l’action, à s’oublier et à tendre la main,

aux parents, aux voisins, aux copains…

et peu à peu, au-delà de la petite action répétitive, naissait et grandissait dans le cœur, un sentiment nouveau, qui avait nom : générosité, sensibilité, compassion, bonté ou simplement: humanité !

La solidarité devenait alors une réalité individuelle et collective, car l’une conduit à l’autre.

Les jeunes de ce temps ne sont pas différents de ceux du passé; mais l’environnement, loin de les aider, les hypothèque.

Ceux qui, malgré tout, résistent aux appels des redoutables sirènes et démagogies de cette époque, sont d’autant plus dignes de respect…

Mais quel regret pour tant d’autres! Une vie sans un idéal qui élève, paraît, les années passant, tristement terne, comme ayant manqué son but, tel l’arbre sans fruits… 

Et pourtant, dans le cœur de chaque être humain, et tout particulièrement des jeunes, existe et vibre l’espoir, l’espérance d’un amour profond, d’une vie donnée et épanouie.

Et ce rêve n’est pas une utopie, il peut devenir une merveilleuse réalité, quelles que soient les vicissitudes de l’existence et les aléas du chemin.

Aimer est plus grand que tout dit la Bible, 

et cela est vrai au sein du couple, de la famille, 

comme envers le prochain.