«Elle me souriait, même à moi ! Elle me traitait comme si j’avais été une personne.»

C’est ce qui demeurait dans la mémoire du vieil homme noir lorsqu’il évoquait la disparue…

Quel souvenir chargé d’émotion et de reconnaissance !

Et quelle source de méditation pour chacun…

«Elle me traitait comme si j’avais été une personne», mais les autres ?

Ils le regardaient sans le voir, comme un objet sans valeur. Ou le toisaient avec mépris… ils l’auraient écarté du pied, tel un animal qui dérange…

Oui! Que d’attitudes diverses, mais toutes, de la plus indifférente à la plus hostile, excluaient ce pauvre homme de la société des humains !

Elle seule, cette dame, attentive et aimante, «le traitait comme une personne»… Elle seule avait des sentiments humains, une attitude, un comportement que l’on s’attendrait à trouver chez tous les hommes et femmes… une véritable noblesse, celle du cœur.

Mais les autres ?

Du rustre sans éducation,

aux orgueilleux et prétentieux fiers de leurs origines (!) ou de leur apparence, de leurs diplômes ou de leur situation,

tous ignoraient, voulaient ignorer que ce pauvre Noir avait lui aussi un cœur, une âme, un corps, à l’instar d’eux-mêmes…

Un être tout comme eux, qui pouvait lui aussi souffrir, être humilié, ou se réjouir et aimer, penser et agir.

Ce mépris de l’autre existe depuis l’aurore de l’humanité.

«Le racisme», qu’il soit anti-Noir ou anti-Blanc ou autre, «l’élitisme» avec leurs corollaires, le mépris et le rejet, sont de toutes les époques et sévissent dans toutes les civilisations, peu ou prou… et des formes d’apartheid sont, hélas, bien présentes, aujourd’hui comme hier.

Les Grecs si admirés n’avaient-ils pas à leur service des sous-hommes, des multitudes d’esclaves… et les Romains de «l’illustre Rome» n’étaient pas en reste, loin s’en faut.

Les serfs des temps féodaux appartenaient officiellement à «leur seigneur» qui avait tous les droits sur eux et sur leurs enfants, jusqu’au «droit de cuissage» sur leurs filles.

Le soi-disant «sang bleu» de la dite «noblesse» amenait les aristocrates «bien nés» à mépriser la plèbe, gens de seconde zone ou pire.

Louis XIV, redoutable mégalomane, ne concluait-il pas en 1685 :

«Nous déclarons les esclaves être des meubles».

La liste serait longue et hélas, incomplète, car cette ridicule et terrible attitude se perpétue aujourd’hui… et pas seulement dans les pays connus pour exploiter de nos jours des esclaves, mais là même où l’on se targue de «civilisation», d’éducation, de connaissance et de savoir-vivre… où l’on fait référence aux «droits de l’homme» !

Le mépris de l’autre, extériorisé ou dissimulé, existe bel et bien à tous les niveaux de la société… et la remarque faite à propos d’un ministre breton du gouvernement par des personnes de son propre parti : «trop plouc pour être à Matignon» l’illustre minablement.

Je me souviens d’un ami que son sacerdoce avait amené à côtoyer durant des années les aristocrates de ses paroisses…

Avec indulgence, mais finesse dans l’humour critique, il soulignait que le marquis de S. ne voulait pas frayer avec le duc de M. … 

«Duc», pourtant, donc de référence plus élevée que le marquis ?

Oui, mais le marquis avait des ancêtres qui remontaient aux Croisades, tandis que le duc était de plus récente extraction !

Faut-il en rire ?

Hélas, non !

La bêtise et l’orgueil humains n’ont pas de bornes ! Et sont la cause de beaucoup de souffrance.

«Qui es-tu, toi, pour mépriser ton prochain ?»

Comme méprisable est le mépris, même condescendant !

L’Évangile du Christ est là, immuable, et rappelle que tous les hommes et femmes sont égaux,

 et tous sont sous le regard de Dieu.

Chacun a le droit au respect quelle que soit son appartenance ou son origine…

Seuls le comportement, la manière d’être et d’agir, le bien fait à l’autre et aux autres, le rayonnement, peuvent amener un autre regard empreint d’un respect particulier…

Et cela ne doit rien à l’origine, à la couleur de la peau, au nom, aux titres, à l’appartenance à quelque caste ou coterie que ce soit, à la richesse ou à la situation…

C’est ce qu’exprimait, à sa manière, une de nos grands-mères, femme connue et aimée par tous ceux qui la côtoyaient, pour sa sagesse, sa perspicacité, son discernement et son dévouement, lorsqu’elle disait d’une personne pour laquelle elle avait une estime toute particulière : «C’est quelqu’un!» Et l’expression de son visage, le ton qu’elle employait, soulignaient la valeur de l’appréciation élogieuse.

«Elle me souriait, elle me traitait comme si j’avais été une personne.»

Et qu’en est-il du regard de Dieu,

sur chacun de nous ?

La parabole dite du “bon Samaritain”, et les personnages que Jésus évoque,

nous permettent – sinon de nous identifier à l’un ou l’autre –

du moins de nous juger à la lumière d’en haut.

En méditant la Parole de Dieu, 

nous saurons qui nous sommes réellement,

et qui nous devrons devenir,

forts, de son pardon et de la grâce victorieuse qu’il donne en Jésus-Christ.